Pour les « métisses » et les narvalos

Ce qui est communément nommé en psychanalyse « défaut de traduction » peut être un point de départ à notre proposition. A savoir, lorsqu’on est issu de plusieurs cultures, les « signifiants » (sémantique, sémiotique, etc.) qui échappent ou qui ne trouvent pas leur équivalent dans la culture voisine (ce qui n’est pas traduisible). Etant donné les différences de construction sémantiques en fonction des cultures, il est normal que ses « points aveugles » existent, il s’agit alors d’accepter les limites qui s’imposent et de composer avec ce qui reste du domaine du traduisible. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas chercher à trouver de nouvelles traductions, car plus il y a de traductions plus cela donne de la profondeur et du sens à l’existence. En quoi la traduction peut-elle être un outil pour le « multiculturalisme » et pour la « multiplicité » des mondes. Dans un monde où les conflits (guerres économiques, matérielles, etc.) et les violences systémiques (accroissement des inégalités sociales, augmentation de la pauvreté, etc.) suscitent crispations et replis identitaires, il est important de réfléchir aux moyens pouvant non pas seulement contrer, mais aussi proposer quelque chose de nouveau qui puisse faire sens. Une « lutte de sens » qui prend sens ici comme articulation entre un certain « intellectualisme » et culture populaire. En d’autres termes, la traduction en tant qu’outil intellectif doit se mettre au service de ce qu’elle prétend défendre, à savoir – en partie – la culture populaire. Il est important de rappeler que la « traduction » peut être perçue comme un outil « intellectif bourgeois » donc qui peut montrer ses limites dans son utilisation en lien avec la culture populaire. Cependant toute personne pratiquant une langue « étrangère » est en mesure d’en faire usage et ainsi d’enrichir et d’approfondir l’existant. « Lutte de sens » (je reprend ici un terme utilisé dans les « cultural studies ») et « lutte de classe » ne sont pas forcément antinomiques, il s’agit plutôt de percevoir la « lutte de sens » comme une partie de la lutte des classes perceptible plus globalement. Pour parler plus concrètement, si la traduction peut enrichir et renforcer les sports, le théâtre ou les musiques populaires par exemple, mais aussi et surtout les mœurs du quotidien – avec les limites que cela implique mentionnée plus haut –, alors cela démontrera à la fois qu’un outil intellectif peut être au service « du populaire » et à la fois que la dialectique intellectualisme-culture populaire participe à la « lutte de sens ». Utiliser une autre langue pour enrichir le(s) sens est un point stratégique non négligeable dans la lutte contre le repli et/ou les crispations « identitaires », existentielles etc. On comprendra évidemment dans une perspective de transformation sociale la nécessité de valoriser une « lutte de sens populaire » face à une société capitaliste en perte de repère.


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