Nul besoin d’énumérer en détail les dangers exponentiels face aux montées xénophobes et nationalistes – du moins en Europe – depuis plusieurs années désormais (dont le conflit ukrainien a favorisé ses exacerbations). Nul besoin également de rappeler la nécessité de combattre le racisme – et plus largement le fascisme – partout où il se trouve et quelque soit sa forme. Nombreux sont ceux qui les combattent au quotidien, que ce soit dans la rue ou d’une manière plus théorique. Je souhaite ici émettre l’idée selon laquelle une façon de lutter contre la haine et autres affects négatifs consiste à créer du commun avec des différences. Certes l’individualisation de la société contraint les individus à s’isoler et empêche des possibilités de rencontre et de tissage de liens sociaux.
L’invisibilisation des différences culturelles via le dogme économique (l’entreprise peut aussi être vecteur d’intégration mais ce n’est pas le propos) uniformise la socialité et rend latent des potentialités heureuses et novatrices. Il s’agit alors de percevoir les outils existants afin de rendre visible cette potentialité. En d’autres termes, tous les espaces sociaux (publics ou privés) sont des potentialités créatrices. Qu’est-ce alors que signifie « créer du commun avec des différences » ? Il s’agit de développer des espaces où des mécanismes sociaux « forts » – un socle commun systémique (entendre qu’il ne s’agit pas seulement de respect, d’empathie ou de tolérance, mais aussi d’intelligence collective, une mise en commun des perceptions spatiales et temporelles ou un certain déterminisme par exemple) – permettent aux différences à la fois d’exister pleinement et aussi de s’exprimer. La « culture française » dans son hétérogénéité est suffisamment riche pour ne pas tomber dans les interprétations stériles et bêtes de l’extrême-droite. Il y a d’ailleurs au sein d’une certaine tradition républicaine un socle qui peut mener à ce que j’appelle ici « internationalisme » et qui peut également être perçu ou entendu comme « multiculturalisme » (la nuance entre les deux est très intéressante, vous avez 4h). C’est aussi un clin d’oeil à la tradition du « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » et en quoi ce n’est plus désormais – au moins seulement – à travers le travail qu’une transformation sociale est possible.
En outre, je suis également conscient que mon soucis pour un « nouvel internationalisme » est peut-être un peu issu de mon métissage, identité que j’ai appris avec le temps à percevoir comme une richesse. Je comprends donc parfaitement que certaines personnes sont moins soucieuses de ces questions. Or le métissage a peut-être quelque chose à apporter. Il s’agit alors de chercher à avancer ensemble.
Et toute la question revient à ce que l’on entend par « créer du commun avec des différences ».

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