Sur l’idéologie scientifique chez Canguilhem

Notre étude portera principalement sur la retranscription d’une conférence à laquelle a participé Canguilhem à Varsovie en 1969. L’auteur a alors soixante-cinq ans, période à laquelle il s’intéresse particulièrement à une reconstitution historiographique des sciences de la vie. Si Canguilhem a choisi la médecine en parallèle de la philosophie comme discipline d’investigation, c’est pour son intérêt dans la biologie et les sciences du vivant.  Canguilhem part donc de l’opposition conceptuelle entre l’idéologie et la science. L’idéologie – en tant que retranscription de l’histoire de la genèse des idées – s’oppose à priori à la science, qui ne s’intéresse qu’aux faits. Canguilhem tente ainsi d’opérer un glissement conceptuel en articulant la phénoménalisation idéologique (le phénomène idéologique) et la science. L’idéologie scientifique est une création conceptuelle permettant de traiter la contradiction située dans le champ de l’opposition entre histoire-idéologie-science. Par ailleurs, il faut dès lors noter que l’idéologie scientifique ne s’inscrit pas seulement dans le champ de la théorie (en tant que concept) mais également dans la pratique. L’idéologie scientifique n’est donc pas seulement une création conceptuelle théorique, mais elle s’inscrit dans un champ de l’histoire pratique de remodelage des contradictions. Elle parvient donc à renforcer les contours de la linéarité historique des sciences. Si la vérité doit être pensée en tant que contradiction et complexité, l’idéologie scientifique est également une contradiction complexe à la fois conceptuelle et pratique développée afin d’éclairer la réalité historique des sciences. L’idéologie scientifique n’est pas à la fois idéologie et science, elle n’est pas non plus une idéologie des sciences, elle s’inscrit plutôt dans une forme de verticalité. Si on pense qu’une idéologie cesse d’être une idéologie dès lors qu’elle devient une science, à la différence où l’idéologie disparait au profit de la science, l’idéologie scientifique perdure en tant qu’histoire des idées qui ont permis à x sciences de se révéler. L’idéologie scientifique peut être perçue comme une forme d’épistémologisation portant sur les contradictions au sein de l’histoire des sciences. Son objectif est de rendre compte de la complexité et des contractions de la réalité scientifique, au sein d’une linéarité historique discontinue. En effet, l’évolution de l’histoire ne doit pas être perçue comme continue mais avec des moments de fractures, de ruptures, des périodes où « il ne se passe pas grand-chose » et avec des grandes avancées sur une courte période. Il faut donc permettre à la recherche de se doter des outils forts et clairs afin de tendre vers une objectivation qui puisse être optimale.

Ainsi nous avons choisis d’étudier un des enjeux qui nous a semblé important afin de se rendre compte si la thèse de l’utilité de la théorie de l’idéologie scientifique reste valide dans tous les cas de science. Est-ce que sa validité s’inscrit dans tous les champs des possibles scientifiques ?

Dans ce cadre, nous reprendrons le déroulé de la pensée de l’auteur, à travers un effort de définition de l’idéologie scientifique elle-même et de sa pertinence (1), l’étude de la dimension marxiste du concept et son inscription dans le phénomène de la lutte des classes (2), pour enfin lui donner, à travers une étude épistémologique, un rôle dans l’avènement d’une forme de sérénité sociétale (3).

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« Qu’est-ce qu’une idéologie scientifique ? ». C’est par cette question que Canguilhem interroge le phénomène, qui vise en premier lieu à une volonté de la part de l’auteur de fournir une définition. Comme indiqué, l’idéologie scientifique ne doit pas être perçu seulement conceptuellement mais également en tant qu’exercice pratique. C’est ce que Canguilhem affirme en réponse à la question : « Cette question me semble posée par la pratique (mis en italique dans le texte) de l’histoire de la science ». Il faut donc se concentrer sur l’aspect pratique de l’idéologie scientifique.  Canguilhem poursuit : « c’est une question dont la solution importerait pour la théorie de l’histoire des sciences »[1]. Il faut donc voir la praticité de l’idéologie scientifique comme solution théorique de l’histoire des sciences. L’enjeu est de savoir de quoi l’histoire des sciences prétend se faire l’histoire. Canguilhem indique que cela consiste à faire apparaitre l’histoire des formes de cultures que sont les sciences. L’auteur utilise le terme de « revendication de dignité » à propos de l’histoire des sciences. L’auteur utilise un mot fort (« dignité ») pour faire comprendre l’importance remplit le principe d’historicisation de l’histoire des sciences. Canguilhem va même plus loin : il demande si la véracité scientifique (une fois qu’une science est authentifiée en tant que science) doit elle-même se prononcer sur le processus d’exclusion de l’inauthentique par l’authentique. Il est alors possible de démontrer chez Canguilhem une volonté de probité intellectuelle devant amener le chercheur à parvenir à faire la distinction entre une science véritable et une fausse science. Toutefois, le problème auquel nous sommes confrontés à travers l’approche canguilheméenne est un « problème épistémologique concernant le mode permanent de constitution des connaissances scientifiques dans l’histoire ». C’est peut-être ici la thèse de notre étude. L’auteur réclame une probité, une rigueur et un sérieux concernant le contenu des connaissances scientifiques. Il faut être certain de leur véracité ainsi que de leur activité. Force est de constater le caractère épistémoligisant de l’approche canguilheméenne, qui permet en d’autres termes d’épistémologiser les historiques. L’idéologie scientifique s’inscrit ainsi parfaitement dans la lignée du courant de l’épistémologie historique. La question insidieuse posée est quelle sorte d’épistémologie historique faut-il pratiquer ? Quelle forme d’histoire des sciences est la plus vérace ? Il semblerait que le principe d’idéologie scientifique nous guide dans cette recherche. S’il faut voir l’épistémologie historique comme la possibilité de faire l’histoire des conditions de possibilité de la connaissance, l’idéologie scientifique est un principe s’inscrivant dans cette perspective et pouvant nous aider à circonscrire notre approche. Canguilhem nous propose donc une approche réflexive historique des sciences. Canguilhem nous donne un exemple de ce qu’il appelle l’idéologie scientifique : des historiens de la chimie qui intègrent des données d’alchimie « dans la succession des « étapes » de la pensée chimique ». Bien que devenues non véraces, les données alchimiques sont intégrées au processus de la pensée chimique. En cela l’idéologie scientifique permet de conserver des théories – même devenues fausses – comme constitutives de ce qui est devenu science par la suite.

A cet égard, Canguilhem pose la question de la pertinence de l’expression d’idéologie scientifique. Lorsque l’auteur écrit « convient-elle pour désigner et délimiter adéquatement toutes les formations discursives à prétention de théorie, bref ces pseudo-savoirs dont l’irréalité surgit par le fait et du seul fait qu’une science s’institue essentiellement dans leur critique ? »[2] force est de constater comment Canguilhem montre que l’idéologie scientifique joue un rôle dans la constitution d’une science. A travers sa critique, l’idéologie scientifique ne sert qu’à la constitution de la science. Canguilhem s’attarde ensuite sur la notion d’idéologie. Selon lui, si celle-ci est si courante et présente dans le vocabulaire mondain c’est à cause de sa vulgarisation dans la pensée de Karl Marx. Selon l’auteur l’« idéologie est un concept épistémologique à fonction polémique, appliqué à ces systèmes de représentations qui s’expriment dans la langue de la politique, de la morale, de la religion et de la métaphysique »[3]. Canguilhem opère en l’espèce une dichotomie entre ce que ces langues pensent être et ce qu’elles sont vraiment. Pensant être l’expression de ce que sont les choses mêmes, elles sont en réalité « des moyens de protection et de défense d’une situation, c’est-à-dire d’un système de rapports des hommes entre eux et des hommes aux choses »[4]. Au sens strict, il faut donc comprendre que l’idéologie, à travers le langage politique, religieux, moral et/ou métaphysique, ne décrit pas la réalité telle qu’elle est mais telle qu’elle s’exprime à travers un langage interactionnel entre les Hommes et les choses. Canguilhem rappelle qu’au départ – avant la perversion du terme avec Marx –  l’idéologie était « la science de la genèse des idées ». Le projet de l’idéologie « était de traiter les idées comme des phénomènes naturels, exprimant la relation de l’homme, organisme vivant et sensible, à son milieu naturel de vie »[5]. Canguilhem explique comment dans l’histoire la notion d’idéologie s’est trouvée renversée, « l’idéologie, qui désignait d’abord une science naturelle de l’acquisition par l’homme d’idées calquées sur le réel lui-même, désigne désormais tout système d’idées produit comme effet d’une situation initialement condamnée à méconnaître son rapport au réel. L’idéologie consiste dans le déplacement du point d’application à une étude »[6]. Le terme idéologie ne signifie donc plus ce qu’il signifiait au début. Sans doute Canguilhem souhaite-il renouer avec la signification originelle de l’idéologie avant sa transformation avec la pensée marxiste. Alors que l’idéologie signifie désormais une forme de « distorsion du réel », cela implique-t-il également une distorsion de la signification du mot idéologie de « idéologie scientifique » ? Selon l’auteur cela parait impossible.

Canguilhem nous explique en outre comment le terme d’idéologie prend sens dans le marxisme. Il est en décalage avec la réalité. La science économique marxiste s’oppose radicalement aux idéologies politiques, juridiques, économiques et religieuses. Canguilhem interprète le rapport entre le marxisme et les idéologies bourgeoises comme suit : celles-ci sont « des réactions qui indiquent symptomatiquement l’existence de situation sociales conflictuelles, c’est-à-dire des luttes de classes, et qui, en même temps, tendent à nier théoriquement le problème concret dont l’existence les provoque à surgir »[7]. L’idéologie bourgeoise ne s’inscrit que dans un processus réactif et secondaire au phénomène de la lutte des classes. Toujours en s’appuyant sur Marx, Canguilhem explique que ce n’est pas parce que la science marxiste s’appuie sur le matérialisme qu’il ne faut pas faire de différence de statut épistémologique entre le type de discours marxiste (la science économique) et un type de discours vérifié (l’auteur prend l’exemple de l’électromagnétisme et de la mécanique céleste). Il faut donc analyser un écart de nature épistémologique entre la science économique marxiste et une science vérifiée telle que la mécanique céleste et en conséquence, selon Canguilhem, distinguer la science de la nature de l’économie et de la politique. Comme le montre Marx, bien que la science de la nature soit dépendante des modes successifs d’exploitation de la nature et de production des richesses, Canguilhem considère qu’il ne faut pas pour autant lui refuser l’autonomie de sa problématique et la spécificité de sa méthode. Ainsi, pour Canguilhem, il ne parait pas nécessaire de relier (comme Marx le fait) la science de la nature à l’idéologie bourgeoise dominante dans le rapport social. En effet, Marx exploite la science de la nature afin de dénoncer l’idéologie bourgeoise mais en l’introduisant au sein de sa théorie elle perd de son objectivité. Cela n’empêche pas par ailleurs à la théorie marxiste de garder toute sa perspicacité. On voit simplement apparaitre un nivellement épistémologique.

Ainsi quel sens donner à l’idéologie scientifique ? Ce n’est pas parce que cette dernière se distingue de la connaissance scientifique qu’il ne faudrait pas vouloir tenter lui donner un sens selon Canguilhem. L’auteur nous indique par ailleurs qu’il faut distinguer le contenu de la fonction dans l’ordre idéologique. Selon Marx, l’idéologie disparaitra une fois que le prolétariat aura accompli son devoir-devenir, à savoir abolir les rapports de classes. Canguilhem se projette dans la perspective marxiste de changement-basculement de l’histoire et demande alors si l’homme ne sera pas confronté à de nouvelles formes de subjectivité et de vie. Dans cette perspective l’homme sera confronté à de nouveaux rapports à la nature et comment faut-il en conséquence envisager ces nouveaux rapports. La science a-t-elle un rôle à jouer dans ses nouveaux rapports ? Peut-elle « prédire l’avenir » ? Selon l’auteur « si des rapports nouveaux à la nature peuvent être institués en toute lucidité et prévision scientifiques préalables, ce qui revient à prédire un cours paisible à la science dans son historicité »[8], il oppose à l’idée  de possibilité d’antériorité de l’aventure intellectuelle sur la rationalisation. Ne faut-il pas soutenir la possibilité d’une antériorité de l’aventure intellectuelle dans la progression de la connaissance scientifique. Nous retrouvons ainsi chez Canguilhem cette vocation à vouloir une nouvelle société plus sereine et plus saine. L’idéologie scientifique, en tant que théorie des idées historicisant des sciences, pourrait être un instrument bénéfique afin de rendre plus sûre la société nouvelle. Pour ce faire, Canguilhem s’emploie à démontrer le statut épistémologique de l’idéologie scientifique. L’idéologie scientifique doit être perçue comme un état pré-scientifique. La spécificité de l’idéologie scientifique est qu’elle a une histoire. Son histoire prend fin une fois que la place qu’elle « occupait dans l’encyclopédie du savoir se trouve investi par une discipline qui fait la preuve, opérativement, de la validité de ses normes de scientificité »[9]. Il existe pour Canguilhem une prétention explicite à être science dans une idéologie scientifique,  « l’existence d’idéologies scientifiques implique l’existence parallèle et préalable de discours scientifique et par suite le partage déjà opéré de la science et de la religion »[10].  L’auteur prend l’exemple de l’atomisme. Dans cette perspective, il ne faut pas confondre l’ignorance et la méconnaissance. L’idéologie scientifique méconnait les exigences méthodologiques et les possibilités opératoires de la science dans le secteur de l’expérience qu’elle cherche à investir, mais elle n’en ignore pas moins la fonction de la science. L’idéologie scientifique ne doit pas être confondue avec la superstition dans le sens où elle occupe une place dans le champ de la connaissance et non de la croyance religieuse. Pour comprendre le décalage entre l’ « atomisme antique » et l’ « atomisme moderne », l’idéologie scientifique nous sert à percevoir la dissension apparue au XIXème siècle entre le « nouveau » et l’ « ancien » atomisme. La science trouve ce que l’idéologie ne donne pas à chercher. Canguilhem s’intéresse ensuite à la théorie de l’hérédité de Mendel. L’idéologie s’y trouve refoulée au sein de la science. La méthode de travail de Mendel lui a permis de développer une nouvelle approche scientifique mais cela ne « détruit » pas pour autant les anciennes théories. Ses travaux ont permis d’effectuer des oppositions importantes telles que le débat entre l’innéisme et le sensualisme, entre l’ovisme et l’animalculisme ou encore entre la préformation et l’épigenèse. Cela ne remet pas en doute le travail idéologique qui a pu exister ayant permis à atteindre ses nouvelles données scientifiques. L’idéologie scientifique permet ici de clarifier des positions scientifiques et de parvenir à de nouvelles théories. Comprenons ainsi que Mendel ne s’est pas situé sur un axe particulier propre à la question de l’hérédité mais sur plusieurs. L’hétérogénéité des idéologies sur lesquelles s’appuient la théorie de Mendel témoigne de la richesse des différentes traditions historiques scientifiques. Dans ce cadre, nous pouvons citer Canguilhem : « au regard de la science de l’hérédité l’idéologie de l’hérédité (…) est un excès de prétention, une ambition naïve de résoudre, sans en avoir critiqué la position, plusieurs problèmes d’importance à la fois théorique et pratico-juridique »[11]. L’idéologie scientifique se limite ici à son excès de prétention. Dans le cas de la théorie mendelienne de l’hérédité, l’idéologie est qualifiée non pas antérieurement au devenir-science de la théorie mais postérieurement. Ainsi le caractère « intemporel » de l’idéologie peut être perçu. Elle se situe souvent en amont de la théorie scientifique mais elle peut également se située postérieurement. Afin de montrer non pas la disparition mais l’apparition de l’idéologie scientifique, Canguilhem prend l’exemple de l’évolutionnisme. L’auteur prend l’exemple de Spencer. Pour rappel, ce dernier pense pouvoir formuler une loi mécanique du progrès universel, à travers l’évolution du simple au complexe à travers des différenciations successives. Spencer s’appuie sur les biologies de Darwin et Von Baer afin de développer un projet politique. Intervient avec ce projet une loi de la différenciation au profit de l’individu contre l’Etat, mais implicitement (et c’est ce que nous dit Canguilhem) elle apparait là où nous croyons la voir disparaitre. Nous pouvons remarquer alors dans l’évolutionnisme le caractère pratique de la théorie. A travers notamment la mécanique, l’embryologie épigénétiste ou encore la biologie transformiste où la science se veut pratique. Sur ce point, nous pouvons citer  Canguilhem : « l’idéologie évolutionniste fonctionne comme auto-justification des intérêts d’un type de société, la société industrielle en conflit avec la société traditionnelle d’une part, avec la revendication sociale d’autre part »[12]. L’évolutionnisme se trouve donc liée en tant que théorie aux intérêts de la société. Elle a une fonction sociale et idéologique. Poursuivons la citation : « nous retrouvons ici le concept marxiste d’idéologie, comme étant la représentation de la réalité naturelle ou sociale dont la vérité ne réside pas dans ce qu’elle dit mais ce qu’elle tait »[13]. L’évolutionnisme est une idéologie scientifique antithéologique et antisocialiste. Du fait du changement des conditions historiques de possibilité et de la disparition de trace évolutionniste dans la linguistique, la sociologie et/ou l’ethnologie contemporaine, on a la preuve qu’une idéologie peut disparaitre.

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Ainsi, il ne faut pas confondre l’idéologie scientifique des idéologies des scientifiques. A la différence des idéologies scientifiques qui sont des idéologies scientifiques, les idéologies des scientifiques sont des idéologies philosophiques. Canguilhem propose les conclusions suivantes : « a) Les idéologies scientifiques sont des systèmes explicatifs dont l’objet est hyperbolique, relativement à la norme de scientificité qui lui est appliqué par emprunt ». On voit que l’objet de l’idéologie est explicatif. Elle doit expliquer un objet en tension. Poursuivons : « b) Il y a toujours une idéologie scientifique avant une science dans le champ où la science viendra s’instituer ; il y a toujours une science avant l’idéologie, dans un champ latéral que cette idéologie ». Enfin : « c) L’idéologie scientifique ne doit pas être confondue avec les fausses sciences, ni avec la magie, ni avec la religion. Elle est bien, comme elles, mue par un besoin inconscient d’accès direct à la totalité, mais elle est une croyance qui louche du côté d’une science déjà instituée, dont elle reconnait le prestige et dont elle cherche à imiter le style »[14]. L’idéologie scientifique doit être considérée comme rigoureuse et utile. Elle apporte de la richesse et du contenu à la scientificité. Il faut donc comprendre que l’idéologie scientifique prend naissance lorsque la science est traitée dans son histoire comme une purification élaborée de norme de vérification (mis en italique dans le texte). L’idéologie scientifique peut et doit même être comprise ainsi. Elle est une norme qui permet la vérification de la véracité d’une théorie scientifique, « l’entrelacement de l’idéologie et de la science doit empêcher de réduire l’histoire d’une science à la platitude d’un historique, c’est-à-dire d’un tableau sans ombre et sans relief »[15]. L’idéologie scientifique doit donc venir apporter de la couleur, de la profondeur et de la matière, elle doit venir enrichir l’historicité scientifique.

A travers cette étude nous avons pu appréhender  le sens des travaux de Canguilhem durant la dernière partie de sa vie, en particulier son intérêt pour l’épistémologie et l’histoire des sciences. L’auteur nous a convaincus par son approche de l’idéologie scientifique que cette dernière représente une méthode devant être appliquée et pensée à chaque fois que l’on s’intéresse à l’histoire des sciences. Elle permet à la fois d’enrichir et de circonscrire la recherche. Elle devient un outil de validité de la science. L’idéologie scientifique nous permet d’aborder et d’approcher la science de manière plus sûre. Cet entrelacement entre idéologie et science enrichit la recherche scientifique et philosophique (et ainsi donc épistémologique). Le concept développé ici par Canguilhem permettra à l’avenir une approche plus fine de la réalité.


[1] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 39.

[2] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 41

[3] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 41-42

[4] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 42

[5] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 42

[6] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 43

[7] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 44

[8] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 46

[9] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 47

[10] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 47

[11] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 50

[12] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 52

[13] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 52

[14] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 53-54

[15] Canguilhem, Idéologie et rationalité, 1977, page 55


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