La liberté chez Merleau-Ponty


Approche phénoménologique de la liberté chez Merleau-Ponty


Penser une approche phénoménologique de la liberté humaine revient à penser son « ancrage ontologique » à travers une spatio-temporalité donnée. Les débats classiques sur la liberté opposent le libre-arbitre au déterminisme. Chez Descartes, le sujet trouve sa liberté dans sa volonté libre celle-ci n’étant que le prolongement de la volonté divine. La liberté en tant que libre-arbitre est métaphysique car elle fait intervenir la transcendance divine chez le sujet humain. Dans le libre-arbitre, l’action du sujet n’est soumise à aucune détermination extérieure si ce n’est à la volonté transcendante divine.
L’idée générale du déterminisme consiste à l’inverse à penser la volonté et l’action individuelle par une causalité sociétale, ou, en d’autres termes une causalité naturelle « non-libre » comme série sans fin d’antécédent et de conséquent. Le déterminisme classique s’inscrit sur un plan d’immanence, c’est-à-dire au sein d’un naturalisme causal (tandis que nous pourrions opposer au sein du libre-arbitre l’idée d’une « causalité libre » ou encore d’une « spontanéité causale ». À titre d’exemple, le déterminisme (social) marxiste exclu la possibilité d’une quelconque transcendance et inscrit le devenir humain dans un naturalisme achevé. L’ontologie phénoménologique marxiste réside dans ce naturalisme « achevé » à travers le processus de dialectisation du monde par l’individu (matérialisme dialectique), où le sujet dépasse son assujettissement au monde pour le dominer. La pensée dialectique permet par conséquent au sujet marxiste de dépasser le fétichisme (caractère superstitieux de la transcendance) pour une totale réappropriation de la nature (du monde, de la matière). La liberté du sujet marxiste s’inscrit au sein d’un processus dialectico-ontologique matérialiste. L’approche phénoménologique classique privilégie le primat de la conscience sur les choses alors que le matérialisme dialectique privilégie le primat des choses sur le sujet. Faut-il accepter une dimension métaphysique de la liberté, auquel cas il faut accepter un caractère absurde de l’existence, ou ne faut-il pas tenter de réduire la dimension transcendante sur un « plan d’immanence » et ainsi la liberté du sujet se traduirait par un « contrôle total de la dialectique ontologique phénoménale intersubjective ?
Dans cette perspective, il apparait que la condition première de la liberté phénoménologique se situe au sein d’une forme de processus de conscientisation. Nous verrons que cette approche phénoménologique interroge la relation ontologique fondamentale de l’intersubjectivité notamment au travers de la pensée de Merleau-Ponty – et le chapitre « liberté » de « La phénoménologie de la perception ». Cette étude cherchera ainsi à mettre en exergue d’une part la notion de degré de liberté et son intégrité dans ce processus de conscientisation et, en outre, de relever les principes de la conception perceptive et sa possible valorisation de l’existence sociale et la manière d’être au monde intersubjectif.


L’ « être-au-monde » du sujet procède ontologiquement du rapport intersubjectif. Aucune conscience ne peut être certaine de son existence sans l’existence d’une autre conscience. Merleau-Ponty introduit la question du « degré » de liberté. En quoi certaines actions du sujet seraient libres et d’autres déterminées ? Selon Merleau-Ponty, la liberté peut être comprise comme une liberté « totale » ou comme absence totale de liberté. Le sujet ne peut être « à moitié libre » : « On ne saurait être un peu libre, et si comme on dit souvent, des motifs m’inclinent dans un sens, c’est de deux choses l’une : ou bien ils ont la force de faire agir, et alors il n’y a pas de liberté, ou bien ils ne l’ont pas, et alors elle est entière »1. Dans cette perspective, il faudrait renoncer à l’idée de causalité ainsi qu’à celle de motivation. Le principe intersubjectif ouvre la possibilité de s’ouvrir à autrui : autrui est nécessaire pour parvenir à la certitude de notre propre existence,
1 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 498, 1945, « Collection tel » Gallimard

cependant le sujet décide du « degré » auquel il s’ouvre à autrui. En d’autres termes, je peux me donner à autrui en tant que simple objet, ou bien je peux décider de donner la totalité de mon être. Le sujet décide du degré « d’intensité » qu’il veut donner au processus intersubjectif. Lors de la délibération volontaire, l’acte de décision précède le motif, à ce titre, « la délibération suit la décision, c’est ma décision secrète qui fait paraître les motifs »2. Merleau-Ponty propose de penser l’acte volontaire comme une forme d’antinomie de la liberté. L’impuissance de la volonté nuirait ainsi à l’idée réelle de liberté. Le primat du sujet, en tant que corporéité et conscience, c’est à dire le sens et la valeur du sujet dans une réalité donnée, représente le fondement de l’ontologie phénoménologique de la liberté : « le choix semble être entre une conception scientiste de la causalité, incompatible avec la conscience que nous avons de nous-mêmes, et l’affirmation d’une liberté absolue sans extérieur »3. Ainsi, cette première approche de la liberté incarne une forme d’impasse que l’auteur tente de résoudre.
Penser une absoluité de la liberté sans extérieur supprime la possibilité de penser la liberté à travers la mobilité. Le décèlement de l’être (le « chemin vers la liberté ») doit être compris à travers l’interpénétration entre l’ontologie perceptive et mobile. La liberté ne peut être pensée sans son caractère effectif. Il existe a un « auto-accomplissement » de la liberté à travers son effectivité,« la notion même de liberté exige que notre décision s’enfonce dans l’avenir, que quelque chose ait été fait (mis en italique dans le texte) par elle, que l’instant suivant bénéficie du précédent et, sans être nécessité, soit du moins sollicité par lui »4. La liberté se réalise dans l’accomplissement de ce qu’elle vise5. L’idée d’une « dimension encadrée » du devenir, à l’instar d’une présence d’un au-delà qui est manifestement déjà effectif, devient nécessaire à l’accomplissement du principe de liberté, selon Merleau-Ponty« s’il n’y a pas de cycle de conduite, de situations ouvertes qui appellent un certain achèvement et qui puissent servir de fond, soit à une décision qui les confirme, soit à une décision qui les transforme, la liberté n’a jamais lieu »6. Le libre-arbitre par conséquent totalement réfuté. Le principe de liberté nécessite un
2 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 499, 1945, « Collection tel » Gallimard
3 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 500, 1945, « Collection tel » Gallimard
4 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 498, 1945, « Collection tel » Gallimard
5 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 501, 1945, « Collection tel » Gallimard
6 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 501, 1945, « Collection tel » Gallimard

champ – un espace des possibles – au sein duquel s’inscrit l’effectivité de son processus de réalisation. Le caractère véritable de la liberté réside à travers la décision « de notre caractère entier et de notre manière d’être au monde »7. Le principe de liberté nécessite autrement dit l’intégrité. Force est de constater qu’une affinité existe entre le principe de liberté et un certain « comportementalisme » chez Merleau-Ponty. Selon l’auteur, les conditions de possibilité de la liberté nécessite le choix décisif de transformation du mode d’existence (qui suppose une modification de l’acquis préalable), ce qui passe par le « faire ». Dans cette perspective, « faire » signifie la prise de conscience de tout ce que « faire » implique. L’effectivité de la liberté prend forme lorsque l’individu « sait ce qu’il fait », c’est à dire lorsque l’individu est entièrement conscient des implications dans lesquelles le faire se réalise, en d’autres termes lorsque l’individu connait les conditions de réalisation de son action.
Par ailleurs, nous pouvons nous poser la question, par renversement, des limites intrinsèques de la liberté, ces dernières sont-elles à l’intérieur ou en dehors du sujet ? Pour Merleau-Ponty, cela implique de nous interroger sur la notion de connaissance perceptive. Selon l’auteur,« tout se passe comme si, en deçà de notre jugement et de notre liberté, quelqu’un affectait tel sens à tel constellation donné »8, ainsi, comment articuler les structures perceptives (les intentions) à la liberté ? Celles-ci sont-elles un frein ou bien participent-elles au principe libertaire ? Les structures perceptives – ce que l’auteur définit comme des « valorisations spontanées » – incarnent une assise, une consistance, permettant au sujet une connaissance « approfondie » du monde. Cette profondeur – remplie par les fonctions des structures perceptives – intègre le sujet au Monde à travers une connexion ontologico-dialectique de la médiation corporéité-mondanéité. L’auteur suggère ainsi un « sens autochtone du monde qui se constitue dans le commerce avec lui de notre existence incarnée et qui forme le sol de toute Sinngebung décisoire »9. Il existe donc une incarnation du sujet au monde en tant que profondeur inter-connective de l’ontologie corporéité-mondanéité. La
7 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 502, 1945, « Collection tel » Gallimard
8 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 504, 1945, « Collection tel » Gallimard
9 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 504, 1945, « Collection tel » Gallimard

métaphysique de l’appartenance apparait ici au sein d’un existentialisme de la profondeur à travers les qualités perceptives. Dès lors que mes connaissances perceptives conditionnent mon être-au-monde, ma liberté dépend du mode de transformation exercée au sein de la visée d’une action : « je suis libre à l’égard de la fatigue dans l’exacte mesure où je le suis à l’égard de mon être au monde, libre de poursuivre ma route à condition de le transformer »10. Être libre, c’est avoir la « force » de changer à travers les différents degrés dans le possible offert par l’horizon. Merleau-Ponty insiste sur le poids du passé sur le présent (raison pour laquelle cela peut être extrêmement difficile de changer). Citons, « que ce passé, s’il n’est pas une fatalité, a du moins un poids spécifique, qu’il n’est pas une somme d’évènement là-bas, bien loin de moi, mais l’atmosphère de mon présent »11, le processus de libération s’enchevêtre ainsi sur la situation – en tant que relation qu’il entretient avec son passé et avec le monde – du sujet.
Merleau-Ponty interroge dans cette perspective la « conscience de classe » à travers le phénomène historique et la possible conscientisation collective. Le présent est valorisé en fonction du – libre – projet porté par le sujet pour l’avenir. L’existence dont procède l’approche phénoménologique précède l’historicisation du processus de conscientisation. Le mode d’existence de la conscience précède son sens historique. C’est l’existence qui en premier lieu donne à la conscience de classe son sens. La vie de la conscience prime sur le fait sociétal. C’est mon mode d’être – la « manière d’être au monde » – qui détermine ma classe dans la société. La conscience de classe devient collective lorsqu’il y a une interconnexion entre les différents horizons sociaux : « la classe se réalise, et l’on dit qu’une situation est révolutionnaire lorsque la connexion qui existe objectivement entre les fractions du prolétariat (…) est enfin vécue dans la perception d’un obstacle commun à l’existence de chacun »12. Le processus de conscientisation se collectivise à travers la socialisation d’attentes communes : « elle (la prise de position du sujet vis-à-vis du mouvement révolutionnaire marxiste, autrement dit la conscience de classe) se prépare par un processus moléculaire, elle mûrit dans
10 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 505, 1945, « Collection tel » Gallimard
11 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 506, 1945, « Collection tel » Gallimard
12 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 508-509, 1945, « Collection tel » Gallimard

la coexistence avant d’éclater en paroles et se rapporter à des fins objectives »13. La conscience de classe apparait à travers une dimension ontologique bio-historique inter-pénétrative de la socialité humaine. Comprenons par là qu’elle n’est pas une construction prédéterminée – comme le souhaiterait la théorie marxiste – mais prend forme à travers un processus que nous pourrions qualifier de socio-vital. S’exerce alors une forme de socialisation de la conscience. Par-là, Merleau-Ponty veut montrer le lien ontologique fondamental entre le sujet et l’objet. Le sujet vit le monde tout comme le monde vit en lui : « l’idéalisme (comme la pensée objective) passe à côté de l’intentionnalité véritable qui est à (mis italique dans le texte) son objet plutôt qu’elle ne le pose(…). Car la classe n’est ni constatée, ni décrétée ; comme le fatum (mis italique dans le texte) de l’appareil capitaliste, comme la révolution, avant d’être pensée, elle est vécue à titre de présence obsédante, de possibilité, d’énigme et de mythe»14. Notons en outre que le processus capitalistique est ici associé au destin (fatum). Le sujet capitaliste est ainsi soumis à un conditionnement sur lequel il n’a aucune prise. Nous comprenons dès lors que le chemin vers la liberté doit se trouver ailleurs, rappelant l’idée selon laquelle le projet fondateur existentielle est vital. Pour Merleau-Ponty, « le projet intellectuel et la position des fins ne sont que l’achèvement d’un projet existentiel. C’est moi qui donne un sens et un avenir à ma vie, mais cela ne veut pas dire que ce sens et cet avenir soit conçus, ils jaillissent de mon présent et de mon passé et en particulier de mon mode de coexistence présent et passé »15. Ainsi, l’interpénétration passé-présent offre l’horizon au projet vital. Au-delà du processus de conscientisation de la classe, le principe de liberté – ontologie du motif décisoire – s’exprime à travers l’interpénétration entre la valorisation de l’existence sociale et la manière d’être au monde intersubjectif. La liberté n’est pas donnée mais se donne au sujet à travers une phénoménologie ontologique déterministe et spontanée.
Il nous faut ainsi revenir sur la relation à autrui. Comment se détermine à soi l’expérience de la présence d’autrui ? Le pour-soi prime sur le pour-autrui, en d’autres termes le pour-autrui incarne-t-il une dérive du pour-soi ? Il existe une nécessité sociale du caractère intersubjectif. Le principe intersubjectif permet à
13 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 510, 1945, « Collection tel » Gallimard
14 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 510, 1945, « Collection tel » Gallimard
15 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 510, 1945, « Collection tel » Gallimard

l’histoire d’avoir un sens, selon Merleau-Ponty« c’est le projet (le sens historique) concret d’un avenir qui s’élabore dans la coexistence sociale et dans l’On avant toute décision personnelle »16. Le sens historique consiste dans cette dialectique intersubjective entre l’existence individuelle et l’existence généralisée, comme l’indique l’auteur« nous reconnaissons donc, autour de nos initiatives et de ce projet rigoureusement individuel qui est nous, une zone d’existence généralisée et de projet déjà faits, des significations qui traînent entre nous et les choses et qui nous qualifient comme homme, comme bourgeois ou comme ouvrier »17. Se forme alors un processus de médiatisation dialectique entre le sujet et la situation – existence généralisée et horizon de sens. Autrement dit, la liberté implique un horizon à travers lequel se projeter. La concrétude du sujet s’y inscrit à travers la corrélation de l’existence singulière (le pour-soi, le « je ») et de l’existence collective (intersubjective, du pour-autrui, le « nous »). Nous retrouvons à nouveau l’idée de la nécessité de la dimension intersubjective de la liberté du sujet. L’expérience de la liberté implique une double dimension intersubjective,celle du pour-autrui et celle au-monde. Nous comprenons alors que l’intersubjectivité résulte d’une « phénoménalisation » de la relation entre ce qui assure l’existence, les consciences et ce qui s’inscrit dans la relation du sujet au-monde. La dimension intersubjective du sujet au monde est à la fois un processus d’incorporation de la mondanéité et une transformation en continue du vivant. La mondanéité expérimentée, vécue, vient prendre une certaine épaisseur à travers les structures perceptives.
Après ce constat, la dimension métaphysique – et transcendante – de l’empirisme peut être interrogée, existe-t-il au sein de la société quelque chose qui nous dépasse ? L’approche merleau-pontienne témoigne d’une certaine profondeur métaphysique de la phénoménologie libertaire. L’épaisseur transcendante sociétale ou mondaine vient apporter une profondeur métaphysique à l’empirisme. Il existe une puissance métaphysique du sentir, ou, autrement dit, une liberté dans le sentir. Le sujet est un champ de présence : « présence à soi, à autrui et au monde, et que cette présence le jette au monde naturel et culturel à
16 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 513, 1945, « Collection tel » Gallimard
17 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 514, 1945, « Collection tel » Gallimard

partir duquel il se comprend »18. La liberté véritable implique ainsi une connaissance de soi. Ce qui se donne au sujet est la « cohésion d’une vie intersubjective et d’un monde »19. La réalité du sujet réflexif consiste en « tout ce qu’il voit, il est un champ intersubjectif, non pas en dépit de son corps et de sa situation historique, mais au contraire en étant ce corps et cette situation et tout le reste à travers eux »20. La liberté réflexive du sujet s’inscrit à travers le mode d’existence de la corporéité intersubjective historique. Le sujet ontologique libre est absorbé par un processus de néantisation. L’ontologie néantisante reste toutefois tributaire des modes d’être du sujet et de l’intersubjectivité mondaine. Dans cette perspective, être libre peut vouloir signifier construire sa présence. Cela implique une compréhension de ce que signifie mon champ de présence. La difficulté réside alors dans le fait que la liberté arrache et ainsi transforme le champ de présence du sujet à travers son engagement au monde. La liberté effective du sujet se trouve par conséquent en constante modification à travers l’horizon qui se donne. La temporalité s’offrant au sujet sous un mode de subjectivation continu, le sujet doit choisir pour être libre. La liberté réside ainsi dans la prise en compte du caractère « indéterminée » de la temporalité et ainsi dans le choix du mode d’être que nous y employons. Le principe de liberté nécessite la compréhension de l’existence d’un monde déjà là ainsi que la place de l’existence de l’individu au sein de l’existence mondaine. Il s’agit en d’autres termes de penser la corrélation entre les deux situations, « sous le premier rapport (le monde déjà là), nous sommes sollicités, sous le second (le monde en devenir) nous sommes ouverts à une infinité de possibles »21. Le sujet existe sous les deux rapports à la fois et « il n’y a donc jamais déterminisme et jamais choix absolu, jamais je ne suis chose et jamais conscience nue »22. Le sujet doit donc assumer sa situation. Si sa situation lui est trop contraignante, et qu’il a le pouvoir de la transformer, il doit tout mettre en oeuvre pour changer sa manière d’être. On revient à l’idée de « construction » du champ de présence. Cela peut signifier « déconstruire » les valeurs contraignantes – négatives – (haine, peur, jalousie,
18 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 515, 1945, « Collection tel » Gallimard
19 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 516, 1945, « Collection tel » Gallimard
20 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 516, 1945, « Collection tel » Gallimard
21 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 517, 1945, « Collection tel » Gallimard
22 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 518, 1945, « Collection tel » Gallimard

égoïsme, avidité, intolérance, bêtise, hypocrisie, injustice, immoralité, etc) au profit de la construction d’un mode d’être autour de valeurs positives (amour, altruisme, solidarité, convivialité, intelligence, confiance, honnêteté, le beau, le juste, le vrai, le bien, etc). Il consiste à comprendre et accepter la réalité intersubjective. Selon Merleau-Ponty« nous choisissons notre monde et le monde nous choisis. (…) Concrètement prise, la liberté est toujours une rencontre de l’extérieur et de l’intérieur »23. Le champ de la liberté est « conditionné » à travers les possibilités prochaines et lointaines du sujet. La liberté du sujet implique la compréhension et l’acceptation de la réalité intersubjective, puisque « nous sommes mêlés au monde et aux autres dans une confusion inextricable »24. La liberté peut également se trouver dans le mode de vie que nous nous donnons. Celui-ci doit corroborer avec les structures psychologique et historique que nous sommes. La liberté dépend du bon accord entre le style de vie, la manière d’être et la réalité de la structure psychologique et historique. La signification vitale naturelle et historique du sujet est ce qui lui permet de communiquer avec le monde. Le sujet doit nécessairement s’assumer s’il veut atteindre un degré de liberté élevé : « Je ne peux manquer la liberté que si je cherche à dépasser ma situation naturelle et sociale en refusant de l’assumer d’abord, au lieu de rejoindre à travers elle le monde naturel et humain »25.


La liberté est vitale en ce qu’elle est le salut de l’homme. L’analyse merleau-pontienne propose une liberté ontologique. C’est finalement une ontologie immanente car l’intersubjectivité mondaine repose sur des significations existentielles claires et définies. En ce sens, la liberté doit être pensée mais également être vécue. L’analyse de Merleau-Ponty nous montre le caractère fondamental de l’effectivité de la liberté, à travers une liberté dynamique, puissante, entière. Elle trouve son dynamisme dans sa capacité à traduire une ontologie introspective en action créatrice. Elle trouve sa puissance
23 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 518, 1945, « Collection tel » Gallimard
24 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 519, 1945, « Collection tel » Gallimard
25 Maurice Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 520, 1945, « Collection tel » Gallimard

dans sa volonté permanente de faire surgir la vérité. Elle est entière à travers l’unité intersubjective sujet-autrui-monde. Être libre suppose une lutte pour sa vérité puis pour la vérité. La liberté véritable est un combat de tous les instants. La vie est un combat pour la liberté. Par ailleurs, face au processus de déshumanisation et d’atomisation du sujet dans le modèle sociétal capitalistique actuel, la proposition de Merleau-Ponty est un outil pédagogique critique privilégié.


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