Interrogeons-nous sur la question du travail. Nous proposerons simplement ici quelques idées avancées dans le livre intitulé Ne travaillez jamais de Alastair Hemmens. Comment donc parvenir à dissocier le travail du non-travail ? Peut-on penser des moments où on ne travaille pas ? Pensons par exemple au loisir. Quel sens donner à la notion de « travail » dans sa relation à l’homme. Notons les termes de « dieu travail » ou de « culte du travail » utilisés pour rendre compte de la notion. Selon le penseur marxiste Anselme Jappe, qui fait partie des auteurs ayant cherché à renouvelé l’approche marxiste du travail dans la société contemporaine,  il s’agit de parvenir à une critique « catégorielle » du travail. L’axe problématique de cette critique se situe dans la tension entre le fétichisme de la marchandise et la critique de la valeur. Pour rappel, le fétichisme de la marchandise consiste à dénoncer l’aspect superficiel d’une marchandise donnée en en oubliant tout le travail effectué pour l’obtenir. C’est-à-dire penser que le téléphone portable est un objet apparaissant comme par magie sans impliquer une main d’œuvre et l’utilisation de matières diverses quelconques derrières pour sa réalisation. La critique de la valeur se concentre principalement sur la dichotomie valeur d’usage-valeur d’échange. C’est-à-dire la critique de « surévaluation » de la valeur d’une marchandise ainsi que le rapport de domination et d’exploitation qu’il engendre. Une marchandise qui vaut réellement 20, c’est-à-dire fabriquée en comptant le travail physique effectué – la « valeur travail » – ainsi que la valeur des matières utilisées, sera vendu 50. La critique de la valeur se concentre sur cet écart de 30 qui représente le profit et l’injustice qu’il engendre. En effet, pour résumer, il s’agit de comprendre que la logique de profit ne «profite » qu’à une minorité et ainsi est dans son essence génératrice d’inégalités. Le travailleur est également exploité ne pouvant accéder au bien qu’il conçoit. Pour revenir à quelques citations de Marx sur le travail, il se demande si il ne devait pas être considéré comme une nécessité éternelle ? Ou bien comme un métabolisme de la nature ? Ou bien encore faut-il le concevoir comme appartenant exclusivement à la modernité capitaliste ? Selon Hemmens, il s’agit de réfuter une conception ontologique et transhistorique du travail qui l’identifie à l’activité productrice en tant que telle. Le problème rencontré consiste en l’effacement des qualités spécifiques qui caractérisent les activités et leur résultat. Pour rappel, selon Ricardo, la « valeur-travail » est la valeur d’un bien qui dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Pour Marx,

« Le travail n’est pas source de toute richesse. La nature est tout autant source des valeurs d’usage (qui sont bien tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n’est lui-même que l’expression d’une force naturelle, la force de travail de l’homme ».

Le « travail concret » est le travail produisant la valeur d’usage opposé au « travail abstrait », travail produisant de la valeur d’échange. La théorie marxienne et critique du travail indique que nous produisons des marchandises non nécessaires à la vie humaine : « La valeur d’usage est la manifestation concrète de l’universalité abstraite du travail ». Selon Marx : « Le travail est une nécessité naturelle éternelle, médiation indispensable au métabolisme qui se produit entre l’homme et la nature, et donc à la vie humaine ». Cette citation nous mène à entrevoir deux interprétations : La première selon laquelle les êtres humains doivent avoir un rapport avec l’environnement naturel. La seconde pose que ce rapport est compris à travers la médiation d’une seule abstraction sociale – le travail – ce qui implique un rôle dominateur et accaparateur du travail sur la nature que le logos  exerce dans la pensée rationaliste. On comprend alors que le travail peut être interpréter comme une perversion du rapport à la nature et au monde à partir au moins de l’époque moderne. Il convient alors de remettre en question l’approche marxiste classique selon laquelle le travail est une « nécessité naturelle » transhistorique, à savoir une « abstraction rationnelle », mais plutôt d’entrevoir le travail comme une réalité sociale imposée historiquement. Nous retiendrons l’idée selon laquelle le « Sujet » moderne est le produit de la naissance d’un « Sujet-forme-travail-valeur » au début de la Modernité dont il sera incapable par la suite de se détacher. La « forme valeur-travail » a tellement été incorporée qu’il est devenu impossible de la remettre en cause – « rupture catégorielle » – pourtant nécessaire. Nous apercevons ici à nouveau la nécessité de parvenir à déconstruire – du moins à échapper à – une forme perverse attribuée par la société capitaliste à la notion de travail.

PS : On notera cette observation très schématique sur la même page à propos de la division « politique » de la société française, en quatre couches principales :

  1. 20% = Conservatrice, réactionnaire, repli identitaire, etc. (vote droite et extrême-droite)
  2. 20% = « Progressiste », prônant l’ouverture, etc. (vote gauche et extrême-gauche)
  3. 25% = « Extrême centre », conformiste et réformiste pro-capital (Macronie, oligarchie, écolos, etc.)
  4. 35% Tout ceux se situant en marge de ses 3 courants (classes moyennes et populaires ; Exemple : Gilets Jaunes, etc.)

Cela mène à nous interroger sur la signification politique des différentes orientations. On notera un éloignement de plus en plus marquant de l’opposition classique droite-gauche-centre et le gouffre séparant un peu plus chaque jour les mœurs quotidiennes des couloirs institutionnels. On observe une méfiance grandissante vis-à-vis des institutions politiques dites classiques et une marginalisation de la société.


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