Il va de soi que l’existence de ces premiers mots remplissant cette page blanche s’inscrivent dans un but déterminé – du moins en partie –. « En partie » car il conviendra qu’il existe toujours une part d’incertitude dans le devenir et nous nous en satisfaisons parfaitement. Cependant, comme le chante si bien le guitariste chilien Victor Jara : « No canto por cantar » ( = « Je ne chante pas pour chanter ») ou encore Jean Ferrat : « Je ne chante pas pour passer le temps », nous n’écrivons pas ses lignes pour le simple plaisir d’écrire – bien que ce soit un plaisir d’écrire et que nous sous-estimons bien souvent le bien que peut procurer l’écriture –. Bref, nous ne ferons que retracer l’histoire de réflexions diverses échelonnées sur plusieurs années tout en essayant de les ancrer de la meilleure façon possible dans des situations sociétales ou/et quotidiennes concrètes. Il conviendra au lecteur au fur et à mesure de sa lecture de se forger sa propre opinion. Les réflexions suivantes ne sont en nul point « ce qu’il faut penser » mais le simple fruit de réflexions personnelles ouvertes au partage.
Notre point de départ tentera de proposer des alternatives à la situation. La « crise sanitaire », par son accentuation et l’accélération de la crise sociale et économique engendré depuis plusieurs décennies néolibérales, exige une remise en question profonde de nos modes de vie et de pensée si nous voulons vivre dans un monde digne et juste. Cela implique alors une « stratégie » de vie pour au moins dans un premier temps échapper à la domination des modes de gouvernementalité contemporain. En effet, l’accélération engendrée par l’apparition du coronavirus ne fait que renforcer le pouvoir coercitif et les mesures d’exception dont dépend désormais la vitalité des modes de gouvernementalité contemporain. Tandis que le covid-19 rajoute du piment à une situation de crise sociale, économique, politique et écologique déjà bien entamée, nous voudrions faire un « appel à la raison » et au calme afin de ne pas laisser accroître d’avantage le pouvoir de l’oligarchie et de ses suppôts. Il s’agit de s’appuyer, de soutenir et de valoriser tous les mécanismes de solidarités existants afin de maintenir et d’organiser la « contre-société » pour que puisse se mettre en place le principe subversif de la société exposé par le principe marxiste entre autre. Il convient de rappeler que notre proposition s’affilie à un marxisme libertaire. Nous entendons par marxisme libertaire un rejet du socialisme autoritaire mis en place par l’URSS et poursuivi par les Partis Communistes nationaux. Le socialisme russe était dogmatique et totalitaire et a tué l’idéal révolutionnaire de justice et de paix. Il ne sert à rien de rentrer plus en détail dans le sujet car presque tout a déjà été dit et commenté sur le sujet cependant il nous est impossible de renoncer à certaines thèses marxistes. Nous savons comment le mot « communisme » a été souillé par la propagande atlantiste et comment ce mot est perçu dans les esprits de tant de gens. Il est évident que la mentalité dogmatique et les politiques totalitaires soviétiques ont contribué à la souillure de la notion et porte ainsi une grande part de responsabilité quant au rejet de ce que l’idée de communisme peut impliquer. A défaut d’un nouveau mot – car ce n’est pas le mot mais les idées et les actes concrets qu’il implique derrière qui importe – nous continuerons à parler de communisme pour signifier le principe subversif du mouvement réel de la société visant à parvenir à un monde sans domination. Notons que nous rejetons la thèse marxiste du matérialisme historique selon laquelle la société capitaliste s’autodétruira par elle-même menant de fait à une société sans classe. Bien que le néolibéralisme soit le stade suprême du capitalisme nous observons une forme d’adaptabilité des flux financiers – réels et abstraits – en témoigne que les logiques et les mécanismes de profit continueront à exister tant que nous n’aurons pas mis la main sur ce qui les produit. Rappelons que c’est bien parce que la logique intrinsèque du système capitaliste est de mettre en concurrence les profits et les individus et ainsi d’engendrer des inégalités que nous écrivons ces lignes. Le capitalisme permettrait à toutes et tous d’avoir une vie décente et heureuse que nous supprimerions toutes ces lignes. Mais c’est bien parce qu’il génère à la fois directement et indirectement de la misère et des inégalités qu’il nous parait naturel et nécessaire de le combattre afin de dissoudre la domination, l’exploitation et l’aliénation qu’il engendre. Nous n’écrierions pas ses lignes non plus si nous ne penserions pas possible le projet d’une société juste et joyeuse pour toutes et tous. C’est bien parce qu’il est parfaitement possible que tous les êtres humains sur Terre puisse avoir accès à une vie digne que nous nous révoltons face à l’injustice de ce monde cruel et destructeur. En cela notre marxisme est hétérodoxe car tout en approuvant certaines thèses de Marx concernant la critique de l’économie politique nous intégrons également d’autres approches non-marxistes à notre projet de pensée visant l’émancipation individuelle et collective. L’idée consiste donc en un rééquilibrage de la pensée afin de l’introduire et de l’ancrer dans le mouvement réel du présent.
Concernant le divin, l’approche deleuzienne, camusienne et nietzschéenne nous paraissent utiles. Deleuze, suivant les traces – s’inspirant – du panthéisme spinoziste, explique comment même le sentiment de transcendance suscité par les croyants se transforme concrètement dans ce qu’il appelle le plan d’immanence. Au-delà de la richesse du contenu de la pensée deleuzienne, il importe de retenir l’idée principale selon laquelle la transcendance se trouve à l’intérieur de l’immanent. Citons quelques passages :
« Il n’y a de critères qu’immanents, et une possibilité de vie s’évalue en elle-même aux mouvements qu’elle et aux intensités qu’elle crée sur un plan d’immanence ; est rejeté ce qui ne trace ni ne créé. Un mode d’existence est bon ou mauvais, noble ou vulgaire, plein ou vide, indépendamment du Bien et du Mal, et de toute valeur transcendante : il n’y a jamais d’autre critère que la teneur d’existence, l’intensification de la vie ».
« Le problème changerait si c’était un autre plan d’immanence. Non pas que celui qui croit que Dieu n’existe pas pourrait alors prendre le dessus, puisqu’il appartient encore à l’ancien plan comme mouvement négatif. Mais sur le nouveau plan, il se pourrait que le problème concerne maintenant l’existence de celui qui croit au monde, non pas même à l’existence du monde, mais à ses possibilités en mouvements et en intensités pour faire naître de nouveaux modes d’existence encore, plus proche des animaux et des rochers ».
L’originalité et la finesse de l’approche deleuzienne propose de construire une pensée créative inscrit dans le mouvement réel des évènements. En cela elle est un constructivisme immanent.
Dans une autre mesure, Camus accepte l’existence d’une certaine transcendance ce qui le mène à penser sur la question de l’absurde. C’est parce que l’existence est absurde en soi et c’est une fois accepté que certaines choses nous dépassent et ainsi cette absurdité que la vie peut prendre un sens « réelle ». Camus nous propose trois axes principaux : la séduction, le jeu et la création.
Le projet nietzschéen devant le constat de la « la mort de Dieu » consiste en la transvaluation des valeurs. Il s’agit de transformer un passé réactif et conservateur en un avenir actif et intensificateur. On retrouve dans cette stratégie transvaluatrice l’idée d’intensification de la vie souvent mentionné chez Deleuze. Nietzsche voyait déjà dans son époque une certaine forme de décadence des valeurs occidentales à travers notamment la présence des valeurs négatives judéo-chrétienne. Son œuvre consistant principalement à détruire ses valeurs négatives afin de donner une nouvelle impulsion créative et intensificatrice à la vie.
Le plan d’immanence deleuzien, l’absurde camusien ainsi que la transvaluation des valeurs nietzschéenne nous semble utile afin d’appréhender la question du divin et de l’existence. Notre démarche s’inscrivant dans la tradition marxiste anthropomorphique, nous conclurons que c’est bien l’homme qui crée Dieu à son image et non l’inverse. Reconnaissons que des choses nous échappent et que c’est – en partie – ce qui rend beau la vie. Bien que la croyance en l’existence du divin chez l’homme puisse se comprendre, tant les souffrances et les peurs sont nombreuses, suggérons la modestie face à ce phénomène qui suscite tant de passion. Nous croyons profondément que la réponse en partie à la question divine est politique. Une répartition équilibrée et organisée de la vie sociale, économique et politique participera à la disparition du sentiment religieux.
Il nous semble important – stratégiquement – d’avoir une certaine discipline de pensée. Entendons par discipline de pensée une bonne mentalité. Il convient que dans une société juste et égalitaire le besoin serait moins présent. C’est pour cela que nous parlons de stratégie. C’est parce que la société actuelle est pauvre intellectuellement que cela implique une certaine rigueur. Faire penser mais surtout bien penser. Toute la question se trouve dans ce « bien penser ». Sur la question de la relation entre moralité et liberté, Canguilhem nous incite à « éduquer notre intelligence », puis citant Pascal : « Apprenons à bien penser, voilà le fondement de la Morale ». L’équilibre se trouve entre le quotidien et la théorie. Il s’agit d’avoir un ancrage dans les mœurs en accord avec nos valeurs. Nous approuvons l’idée selon laquelle une journée passée dans la rue vaut plus que 364 jours passés à théoriser. Nous entendons montrer par-là l’importance que revêt le vécu concret dans l’espace public et souhaitons que la théorie puisse y pacifier la vie sociale et dynamiser la vie collective. En cela, « l’ouverture au monde » suscité par certains courants philosophiques implique une certaine mesure et une certaine maîtrise. Face à l’hubris néolibéral, la question des limites est fondamentale. La mesure et la maîtrise de soi implique la prise en compte de la réalité complexe, conflictuelle et violente de la société. Renvoyons ici à la pensée du midi camusienne qui n’est autre qu’une pensée des limites et de la mesure.
( — transition —)
Lorsqu’une société est malade, la solution se trouve-t-elle dans un système psychiatrique qui « cache les maux » – reconnaissons un travail de fond et de forme effectué mais insuffisant pour « soigner la société » –. Certes la psychiatrie-psychanalyse-thérapie a un rôle à jouer, elle est utile mais reste fortement limitée quant à sa capacité à soigner les maux de la société. D’où sa nécessaire remise en question et auto-critique afin de parvenir à remplir pleinement le rôle de discipline émancipatrice réelle, permettant de faire dépasser l’aliénation du sujet au système capitaliste. Car aujourd’hui, c’est bien ce rôle qu’elle remplit : à savoir intégrer le sujet dans un système socio-économique aliénant. Le paradoxe tient donc au fait en effet que dans un premier temps il n’existe pas d’autre issue que d’intégrer le sujet dans le système existant, mais dans un second temps il s’agit d’élever la discipline à un point de vue critique sur la société existante. Cela signifie armer le sujet pour déjouer la logique aliénante et mortifère capitalistique afin de lui permettre de construire son propre cheminement. Le sujet doit alors pouvoir équilibrer ses propres normes qu’il construit avec les normes de la société. En tout état de cause, tant que la société capitaliste sera responsable de la production des « maladies » et que le « psy » sera là pour « vendre du rêve » – il convient d’avoir l’image de Macron dans la position de vendeur de rêve dans ses discours – et filer des médocs, aucun problème ne sera résolu. Au contraire, cela ne fait qu’accentuer le devenir incertain de la société et totalement irresponsable vis-à-vis d’un devenir réellement humain, solidaire et vivant. Il est évident qu’il ne peut être attendu de la psychanalyse de « sauver le monde » mais plutôt que de servir le Capital elle aurait intérêt à déplacer son axe vers un intellectualisme anti-capitaliste libertaire et critique. Car il s’agit bien de vivre avec son temps. L’anti-capitalisme s’imposant comme une nécessité naturelle pour la simple survie de la planète. Le problème fondamental restant celui de la prise de conscience de la masse. Comment déconstruire dans tant de cerveaux l’idée selon laquelle l’objectif de la vie consiste à gagner de l’argent et devenir riche. Toute chose étant égale par ailleurs sans « idéaliser » non plus car pour une majorité de personne cela consiste avant tout à se nourrir, se vêtir et se loger. Mais surtout, comment parvenir à proposer un modèle permettant au multiple de se déployer pleinement. Le projet doit consister à approfondir les singularités, permettre à la mutliplicité de s’exprimer pleinement et créer des liens continuellement. Comment reprocher aux gens leurs bêtises, leurs ignorances et leurs égoïsmes si ils n’ont pas accès à des outils leur permettant de s’émanciper de l’aliénation capitaliste.
C’est pour cette raison qu’il est fondamental de revoir en profondeur le système éducatif. Il s’agit alors de savoir quel cadre politique mettre en œuvre pour favoriser cette transformation. Il nous semble évident que des règles doivent exister pour l’organisation de la vie collective. La situation actuelle nécessité inéluctablement une transformation profonde et radicale de la société. Si nous reconnaissons qu’une prise de conscience anti-capitaliste est de plus en plus présente dans la société, quelle stratégie adopter pour mettre en forme politiquement cette prise de conscience. Car une prise de conscience chacun dans son coin est totalement contre-productif, cela ne sert à rien. Si nous pensons quelques instants que le pouvoir néolibéral s’incruste dans nos corps, que nous incorporons le pouvoir capitaliste, il s’agit de prendre conscience de la négativité incorporée pour effectuer un travail de déconstruction des valeurs négatives afin de les évacuer pour agir pleinement libre. Face à la logique patriarcale et machiste du capitalisme, il est évident qu’il faut soutenir le féminisme anti-capitaliste. Soyons également conscient que c’est à partir de l’espace que nous occupons, de l’endroit où nous nous trouvons que nous pouvons changer des choses. Il s’agit donc de savoir en faire usage, d’avoir une « intelligence de la situation ». Il s’agit de toujours garder contact avec le réel, les soucis concrets rencontrés par la population. Gardons toujours une posture humble et droite.
Note : Dans une période marquée par la pandémie du coronavirus, il est évident qu’il ne faut pas « être pris » par les émotions négatives qui peuvent s’en dégager. Certes il est naturel d’être inquiet, mais cela ne doit empêcher de mettre en place une forme de vie en adéquation à sa volonté. En d’autres termes, il est nécessaire de parvenir à faire la part des choses entre certes d’un côté une situation grave et angoissante, mais surtout ne pas céder à des affects surdimensionnés qui pourraient se révéler destructeurs et ainsi contre-productifs. Tous les moyens sont bons pour mettre en place une « harmonie » afin de trouver un équilibre permettant à chacun de vivre dans un esprit relativement sain. Faisons preuve de patience, de courage et de tempérance par exemple. Tachons à développer de l’empathie à l’égard des personnes dont nous en jugeons dignes. Il est également très important de se protéger d’une partie de la société individualiste qui ne peut pas comprendre la signification du mot « solidarité ». Ce sont ces gens-là qui font le « plus mal » et parfois ils ne s’en rendent même pas compte. L’idéologie néolibérale a incrusté tellement d’esprit naïf que tellement de gens se retrouvent désarmés lorsqu’il s’agit de penser collectif. Ce constat implique une vraie stratégie à savoir parvenir à déterminer les personnes sur lesquelles nous pouvons réellement compter et désormais celles qui peuvent être considérées comme « ennemies ». Retrouver un sens du collectif implique également une prise en compte de tous ceux qui oeuvrent pour la collectivité (pompiers, éboueurs, caissiers, libraires, ambulanciers, infirmiers, profs, etc.).
Pour résumer concentrons-nous sur l’action et la pensée simple et bonne. Tâchons d’être des personnes « de qualités ». Nous pouvons songer à l’impératif catégorique kantien. Agissons de telle manière que nous voudrions que tout le monde agisse. Tâchons de développer une temporalité de l’immanence favorisant la multiplicité tout en songeant le plus souvent possible à la question des limites. Cela implique de penser la relation de nos vies avec le temps dans un rapport concret et matériel. Estimons-nous, respectons-nous et ayons confiance en nous.
Note 2 : Lorsque x a raison, on sait qu’il a raison, le fait qu’il veuille imposer sa pensée sera mal pris par l’ « autre ». En d’autre terme, un sujet sera toujours brusqué si on lui dit qu’il a tort et se renfermera dans sa pensée. Cela implique donc nécessairement d’adopter une stratégie visant à infléchir la pensée du sujet en passant par des méthodes plus souples. Autant il est d’une grande vertu de reconnaître que l’on se trompe, autant parvenir à altérer la pensée d’autrui pour son bien est un processus compliqué. Qui de mieux que soi-même sait ce qui est le mieux pour soi. En d’autre terme, il s’agirait au moins dans un premier temps de parvenir à rendre interrogatif une connaissance supposée certaine par le sujet. Dans cette perspective, il convient que le « savant », celui qui « détient la vérité » doit toujours garder une posture humble et modeste dans sa relation au « savoir des autres ». Il s’agira alors toujours de chercher des petits détails, préjugés, superstition, etc. afin de remettre en cause ce qui est « communément admis » afin de procéder à une transformation des mentalités. C’est souvent sur des petits détails, des rectifications que le devenir peut être orienté. C’est en effet un processus très long, qui parfois peut s’accélérer, où le rapport au temps peut impliquer une modification de la stratégie dit en question. Il convient de rester attentif à la « pensée courante et dominante » afin de déterminer là où les limites doivent être posées. C’est un travail très difficile mais qui n’a d’autre but qu’orienter la société vers un devenir subversif émancipateur. La période que nous traversons est certes un moment où de nombreuses personnes se remettent en question mais encore faut-il se poser les bonnes questions. Il convient que certaines personnes adhèreront au modèle capitalistique par intérêt où par la transmission d’un héritage individualiste mais force est malheureusement de constater que de nombreuses personnes – « envahis » par des affects de peurs et d’angoisse, etc. – tendrons d’avantage vers le renfermement et d’autres affects négatifs. On voit donc bien le rôle fondamental exercé par le « savant » à orienter la société vers ce qui est juste pour elle. Permettons-nous de rappeler ici que nous cherchons à nous garder de toute naïveté mais que notre volonté s’inscrit simplement dans un monde plus juste et plus beau. Il convient en effet d’observer que vouloir vivre dans une société meilleure est perçu par certains comme quelque chose de naïf. Il semble convenable que parvenir à faire comprendre que c’est une possibilité réelle à un ensemble plus large de la population est un réel objectif. Face à la fragmentation accentuée de la société vers laquelle nous nous dirigeons, il n’y a aucune autre alternative qu’un mouvement contestataire uni, fort, « radicalisé » et massifié qui pourra faire advenir une société plus juste. Parvenir à faire comprendre à de plus en plus de monde que la seule société vivable est une « société privilégiant le sens collectif » – car cela est dans l’intérêt de toutes et tous – fait partie du projet du devenir émancipateur. Encore une fois, tout le travail consistant à déconstruire les valeurs, normes et affects négatifs, créées par l’angoisse suscitée par l’épidémie afin de maintenir la possibilité d’un horizon émancipateur.
Encore faut-il revenir sur le sens de la vie humaine pour mettre en lumière une tension fondamentale au sein de la société, à savoir le rapport au travail. Il est – presque – nécessaire aujourd’hui d’avoir au minimum un travail afin de pouvoir se nourrir, se loger et se vêtir principalement. Or plus le temps évolue moins il y a de travail sans compter tous les emplois inutiles – voir Bullshit Job de David Graeber –. On sait que l’essence du capitalisme produit et accentue à la fois les inégalités et à la fois a besoin d’une masse de « chômeur » pour perpétuer son existence. En d’autre terme, l’existence même de la société capitaliste dépend d’un nombre de chômeur significatif. Dans cette perspective on observe une première tension fondamentale entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en n’ont pas, et plutôt que de penser qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un job, convenons d’une nature intrinsèque inégalitaire du système capitaliste qui met en concurrence les uns et les autres. Lorsque nous nous interrogeons à cette question dans un souci d’égalité nous faisons face à une montagne d’obstacle. Nous revenons à la conclusion selon laquelle il est nécessaire tant que possible de déconstruire tout ce que l’idéologie dominante impose sur les corps (logique de profit, mis en concurrence des uns et des autres, etc.) pour permettre la mise à jour d’un principe subversif conséquent. Défaire la domination de l’idéologie néolibérale afin d’assainir la société.
Il convient qu’un processus révolutionnaire progressiste devra s’appuyer sur une structure tissant des alliances avec un maximum de courants visant un principe subversif collectif. Pensons notamment à l’héritage jacobin de la révolution française, au marxisme dont s’inspireront de nombreuses luttes à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, aux théories contemporaines alliant féminisme anticapitaliste et antiracisme, à l’écologie radicale entre autre. Revenir aux sources des valeurs subversives propres à l’héritage national et comprendre son évolution. Développer un marxisme hétérodoxe en phase avec l’évolution des sciences humaines et sociales critiques. Intégrer les courants décoloniaux et de l’intersectionnalité en parvenant à les articuler correctement. Parvenir à donner un sens éthique et politique à l’internationalisme. Inspirons-nous par exemple de Canguilhem chez qui il est important d’analyser le plus objectivement les données. La « conscience analytique » consiste à connaître les limites de nos actions éventuelles que constitue la réalité donnée. Citons : « Or, on remarque que plus nous nous élevons de la routine à l’analyse, moins forte se fait l’oppression de la réalité sur nous, en ce sens que nous devenons de plus en plus maîtres de nos idées, et par elles de nos comportements. En d’autres termes, plus nous réussissons à connaître le monde tel qu’il est et plus nous avons le sentiment net de le dominer au moins en partie (…). La conscience efficace naît de la connaissance de nos automatismes ».

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