On se réchauffera une partie de l’hiver 2019 à la lecture des Identités meurtrières d’Amin Maalouf. L’identité doit être considérée comme une multiplicité d’appartenance. C’est quelque chose de non figée qui se construit et se transforme tout au long de l’existence. L’auteur critique la conception « tribale » de l’identité – trop restreinte – et prône la nécessité de vivre sereinement son identité composée. Concernant la question de la marge et du rôle des marginaux, « elle a le pouvoir de faire pencher la balance » nous prévient Maalouf. Cela ne tombe évidemment pas dans l’oreille d’un sourd lorsqu’on observe la part grandissante de la marginalité dans la société actuelle. Les années 70 à 2000 ont été le fruit d’une extrême accélération temporelle. La situation sociale – pauvreté, répression, etc. – est beaucoup plus révélatrice de la « réalité sociétale » que la religion. Par exemple, « on apprendra beaucoup plus en lisant 30 pages sur la colonisation et la décolonisation sur l’Algérie qu’en lisant 10 gros volume sur l’islam » nous dit-il. Maalouf observe une « crise identitaire » sur fond « d’occidentalisation » de cultures orientales, africaines, etc. dont témoignent de nombreuses difficultés à « s’adapter ». La plus grande figure du monde Arabe du XXème siècle est peut-être un des seuls à avoir permis à son peuple de s’exprimer dans sa diversité. Associant Socialisme et Panarabisme, le Nassérisme fût une réelle fierté pour de nombreux arabes. Il n’y a pas de miracle, les politiques sociales – on parle bien ici du socialisme – ont permis conséquemment à une grande partie du peuple égyptien d’avoir une vie digne. L’auteur en vient alors à s’interroger sur qu’est ce qui fait que certaines personnes s’attribuent comme appartenance première leur appartenance religieuse ? La raison principale évoquée par l’auteur est le déclin et l’effondrement du monde communiste. Il interroge alors la question de comment dépasser l’appartenance religieuse ? Maalouf considère la mondialisation naissante comme une uniformisation appauvrissante et y observe l’exacerbation des comportements identitaires. L’essentiel est de ne surtout pas se positionner en victime. Il s’agit de lutter pour la diversité culturelle. La langue est fondamentale afin de construire une personnalité stable. Il est essentiel de s’approprier sa langue ou ses langues ainsi que de faire coexister au sein de son identité plusieurs appartenances linguistiques. Les garde-fous sont nécessaires pour préserver la diversité culturelle.
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