LA CONNAISSANCE DE LA VIE, chez georges canguilhem

Voici un résumé de quelques recherches sur le philosophe, médecin et résistant français George Canguilhem. Un de ses ouvrages majeurs – La connaissance de la vie – nous présente deux articles nous paraissant intéressant à étudier. Rappelons avant de rentrer dans l’analyse des textes que la pensée de l’auteur est considérée comme une « philosophie de la biologie ». Canguilhem associe le médical au philosophique dans son cheminement réflexif ce qui donne à son oeuvre un ton particulièrement original. Il est certainement encore aujourd’hui le plus grand épistémologue de l’époque contemporaine tant ses réflexions sont riches et originales.

Partant de l’opposition entre la connaissance et la jouissance, l’approche épistémologique suggère que nous vivons principalement de ce dont on « jouit » et non pas de ce dont on connait. La question principale étant comment parvenir à équilibrer la pensée et le vivant ? En effet, la pensée et la connaissance sont ce qui règle la vie. La connaissance est un instrument et une partie du vivant, elle libère et organise le vivant. Il s’agit de mettre en tension la connaissance humaine et l’organisation vivante.

« La vie est formation de formes, la connaissance est analyse des matières informées ».

L’approche biologique de l’individu peut être perçue comme une forme vivante qui tend à réaliser sa capacité du mieux possible dans un environnement donné.

L’auteur suggère la reconnaissance des limites de la connaissance (« rationalisme raisonnable »)

« L’intelligence ne peut s’appliquer à la vie qu’en reconnaissant l’originalité de la vie »

L’intelligence ici consiste en une modestie qui accepte simplement le donné.

Après cette brève introduction, regardons ce que nous dit l’auteur dans l’article « Le normal et le pathologique ». Le pathologique doit-il être considérée comme ce qui est « anormal », ou « non-normal ». Le normal est-ce ce qui est sain ?

L’approche vitaliste de l’auteur, opposé à l’animisme et au mécanisme, est la simple reconnaissance de l’originalité du fait social. Faut-il penser « les lois de la vie » ou « l’ordre de la vie ? ». Les formes vivantes sont des « monstres normalisés » car le normal est le 0° de monstruosité. Le normal implique nécessairement la relation du vivant à son milieu. Il est instituteur de la norme, normatif. L’Homme : « est un vivant capable d’existence, de résistance, d’activité technique et culturel dans tous les milieux ». Le normal est la référence de l’individu à lui-même. Ainsi la norme sert à comprendre des cas individuels concrets. Il convient alors de noter qu’il est essentiel d’être capable de réaliser ses possibilités d’activités. ( : « L’adaptation à un milieu personnel est une des présuppositions fondamentale de la santé »). Il n’y a pas de frontière entre le normal et le pathologique. Il y a une relativité du normal. L’état pathologique est une variation de l’état normal. La vie à l’état pathologique n’est pas une absence de normes mais la présence d’autres normes.

« La maladie, l’état pathologique ne sont pas perte d’une norme mais allure de la vie réglée par des normes vitalement inférieures ou dépréciées du fait qu’elles interdisent au vivant la participation active et aisée, génératrice de confiance et d’assurance, à un genre de vie qui était antérieurement le sien et qui reste permis à d’autres ».

Vivre signifie ici affronter des risques et en triompher. L’Homme sain est celui capable de plusieurs normes à la fois, il est « plus que normal ». La santé est le luxe de pouvoir tomber malade et de s’en relever. Il convient de noter qu’il est essentiel d’être en mesure de prendre en compte les modalités de son propre conditionnement par son entourage et l’histoire de cet entourage. En tant que psychisme humain, la norme est la revendication et l’usage de la liberté comme pouvoir de révision et d’institution des normes.

Le second article « Le vivant et son milieu » nous mène à nous interroger sur la relation de la philosophie de la nature au problème de l’individualité. Comment penser le mode d’être du sujet dans la relation à son environnement ?

Pour Auguste Comte : Le milieu est l’ « ensemble total des circonstances extérieures nécessaires à l’existence de chaque organisme ». Il y a une dialectique dur rapport entre l’organisme et son milieu (en référence au principe newtonien d’action et de réaction). On trouve un primat du milieu sur le vivant dans ce rapport dialectique.

Le milieu est un pur système de rapports sans supports.

Pour Lamarck : L’adaptation est un effort renouvelé de la vie pour continuer à « coller » à un milieu indifférent. Rappelons qu’au sein des débats sur « l’intelligence », on distingue deux approches principales :

1) Approche philosophique : L’intelligence est la connaissance de soi (Socrate : « Connais-toi toi-même »), la sagesse (Philo = Aimer ; Sophia = Sagesse. Philosophie = Amour de la sagesse).

2) Approche épistémologique : Intelligence est la capacité du vivant à s’adapter à son milieu. Notre réflexion se concentre sur le 2).

Selon Bichat : « La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».

Selon Darwin, le rapport du vivant entre vivant est plus important que le rapport du vivant à son milieu.

L’Homme est un être historique créateur de configuration géographique.

Le pragmatisme a servi d’intermédiaire entre le darwinisme et le béhaviorisme par la généralisation et l’extension à la théorie de la connaissance de la notion d’adaptation.

L’organisme est un être à qui tout ne peut pas être imposé, parce que son existence comme organisme consiste à se proposer lui-même aux choses, selon certaines orientations qui lui sont propres.

Le rapport biologique être-milieu est un rapport fonctionnel, mobile, dont les termes échangent successivement leur rôle. Le milieu de comportement propre pour le vivant est un ensemble d’excitations ayant valeur de signification de signaux. Le milieu n’est rien d’autre que le monde usuel de l’homme, c’est à dire le monde usuel de son expérience perspective et pragmatique.

Selon Goldstein, le réflexe est une réaction qui est fonction de l’ouverture du sens à l’égard des excitations et de son orientation par rapports à elles.

Le rapport du vivant à son milieu est un débat où le vivant apporte ses normes propres d’appréciation des situations, où il domine le milieu, se l’accommode.

« Une vie saine, une vie confiante dans son existence, dans ses valeurs, c’est une vie en flexion, une vie en souplesse, presque en douceur ».

Il y a catastrophe lorsque le vivant est commandé par son milieu.

« Vivre c’est rayonner, c’est organiser le milieu à partir d’un centre de référence qui ne peut lui-même être référé sans perdre sa signification originale ».

« L’évolution dépend plus des propriétés intrinsèques des individus que du milieu ambiant ».

Lamarck identifie le lien entre le besoin, l’effort et la réaction de l’organisme et l’adaptation au milieu comme « le milieu qui provoque de lui-même à l’organisme d’orienter son devenir ». Il y a un enracinement des phénomènes d’adaptation dans le besoin (douleur et impatience).

Sur la portée politique et sociale du milieu il y a une action illimitée de l’Homme sur lui-même par l’intermédiaire du milieu. Cela constitue l’espoir d’un renouvellement expérimental de la nature humain indissociable de la théorie et de la praxis.

Selon Lamarck, par le sensible le vivant se situe absolument dans l’existence (positivement ou négativement). Il y a une totalité indivisible de l’organisme et du milieu.

La conception biocentrique du Cosmos               est l’assimilation de la totalité des choses à un organisme associé à la représentation de la totalité sous forme d’une sphère, centrée sur la situation d’un vivant privilégié. L’Homme s’oppose à la conception moderne du Cosmos c’est-à-dire à la conception organique du Monde dans un univers décentré.

Le concept de « milieu » créé une tension entre un besoin existentielle de sécurité et les exigences de la connaissance scientifique.

« L’homme n’est plus au milieu du monde, mais il est un milieu (milieu entre deux infinis, milieu entre rien et tout, milieu entre deux extrêmes) ; le milieu c’est l’état dans lequel la nature nous as placés ; nous voguons sur un milieu vaste ; l’homme a de la proportion avec des parties du monde, il a rapport avec tout ce qu’il connait ».

Selon Pascal, l’Homme « a besoin de lieu pour le contenir, de temps pour durer, de mouvement pour vivre, d’éléments pour le composer, de chaleur et d’aliments pour se nourrir, d’air pour respirer… enfin tout tombe sous son alliance »

Il existe trois sens principaux du terme milieu : Situation médiane, fluide de sustentation, environnement vital.

Selon Pascal, « L’univers est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part »

« Le milieu propre de l’homme est le monde de sa perception, c’est à dire le champ de son expérience pragmatique où ses actions, orientées et réglées par les valeurs immanentes aux tendances, découpent des objets qualifiés, les situent les uns par rapport aux autres et tous par rapport à lui. En sorte que l’environnement auquel il est censé réagir se trouve originellement centré sur lui et par lui ».

« Mais si la science est l’oeuvre d’une humanité enracinée dans la vie avant d’être éclairée par la connaissance, si elle est un fait dans le monde en même temps qu’une vision du monde, elle soutient avec la perception une relation permanente et obligée (…). Un sens, du point de vue biologique et psychologique, c’est une appréciation de valeurs en rapport avec un besoin. Et un besoin, c’est pour qui l’éprouve et le vit un système de référence irréductible et par là absolu ».


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